Un craquement de marche,le bois usé qui crisse sous mes pieds,la poignée de cuivre que j'abaisse lentement,l'odeur si familière de cette pièce qui fut pendant 12 ans ma chambre...J'ouvre le store.Le soleil froid de novembre emplit la pièce froide.Je retrouve mes meubles, mes cadres,mes photos...Je m'approche de mon lit,et j'attrape sur la cheminée de marbre une photo.Quatres personnes,unies...Un grand garcon de 19 ans,blond aux yeux bleus,souriant entourant de ses bras une grande blonde aux yeux verts de 14 ans,toute fine,riants aux éclats...A coté d'eux,un couple enlacé sourit,les yeux pétillants de bonheur...Et tout me revient en pleine face : des cris,mon frère Pierrick qui pars de la maison avec sa guitare,ma mère qui pleure,mon père qui crie dans la rue "tu reviendras ptit con !" et moi...Moi ? Je ne sais plus.L'unique chose que je sais,c'est qu'Il n'est pas revenu.Je l'ai attendu,en vain.J'ai quitté le lycée pour ne pas rater son retour.Je me suis enfoncée dans une attente interminable.Jusqu'au jour où mes parents ont essayés de me réveiller...On s'est engueulés,j'ai dit des choses horribles....Ils sont partis en voiture a la mer.Le téléphone a sonné : les pompiers m'annoncaient leur mort.Puis le tumulte...Partir chez ma tante,reprendre le lycée ,vivre en apnée,ne plus chercher Pierrick,essayer d'oublier ma vie d'avant,me réfugier dans le chant,décrocher mon BAC,partir de chez ma tante et revenir dans mon ancienne maison...enfn.
Rien n'a changé.Juste de la poussière.Et cette obscurité,qui envahit chaque pièce,ces toiles d'araignées sur nos photos,et cette odeur de renfermé...Mon père nous a tout légué à moi et Pierrick.Mon frère ayant disparu,il parait que je suis riche...J'ai voulu garder cette maison car ça fait 2 ans que j'attends ce jour.Je mets le mot fin sur ma vie d'avant,ensuite je vends la maison.Je pars,je vais visiter l'europe,voyager jusqu'a trouver un endroit où me fixer.Je ne veux pas rester en France.Pas après tout ce qui s'y est passé.
Je donne un legér coup de pied dans ma commode,surchargée de CD.L'un d'eux tombe.Machinalement je me penche,le ramasse et j'effleure du bout du doigt le visage du chanteur.Des yeux bruns apparaissent et je lance le Cd par terre.Mon coeur bat a toute allure...Je les avais oubliés.Je m'assois sur mon lit et j'attrape un autre CD,puis un autre et encore les mêmes yeux,les mêmes sourires,le même nom...Tokio hotel.J'avais oublié ce que les voir me procurait.Fébrilement,je glisse le CD dans le vieux lecteur posé sur mon bureau.Les notes emplissent la pièce.Je ferme les yeux et mes lèvres éparpillent les paroles dans le vide...Je ressens le sens de la chanson,je la vis.Et je me rappelle : quand ma mère pleurait,mon père hurlait,mon frère partait,je chantais.Je les écoutais,je pleurais et je me sentais vivante.Ils m'ont permis de vivre quand mon frère est partit.J'étais seule mais je les avais eux...Je me lève d'un coup,et je sors de ma chambre en emportant juste mes CD.Et la photo...Sur le perron,je me retourne une dernière fois et je contemple la maison qui vit grandir mon bonheur de petite fille puis mon mal être d'adolescente,cette maison qui a vu mourir mes parents et partir mon frère...Je saute les dernières marches.La clef de la maison tombe dans une flaque d'eau boueuse.Tant pis.